Les carottes cuisent pour devenir tendres mais rester croquantes. Elles ont gigoté dans le bouillon pendant quarante minutes. Elles glissent dans le beurre qui dore l’ échalotte. Le sel et le poivre pour défaire la douceur. Les pommes de terre cuisent ailleurs. C’est au fouet ou à la fourchette que le rouge et le blanc se mélangent. L’étuvée, la djotte...
Le plat est ouvrier d’abord parce que pauvre. Les légumes n’ont rien de noble ou de rare. Ceux qui les mangent non plus..
Le plat va se manger au souper mais se finir le lendemain dans le briquet ou entre deux tranches de pain. Le briquet, c’est ce qui cuit sur la brique. Ce qui traîne au fond de la gamelle qu’on laisse chauffer en douce sur le côté. Ce qui fera fête au repas ouvrier de la mi-journée. La viande hachée vient à point pour compléter le plat de légumes.
J’ai appris de ma mère l’importance de la chaleur et du pain pour le repas sans doute le plus banal de tous mais le plus chargé d’histoires sauvages ou magiques. C’est la fin de la journée du travailleur qui triomphe dans le mélange réparateur, écrasé et simple de la carotte et de la pomme de terre. J’ai vu mon père se réjouir mille fois de ce plat simple et reposant. Je l’ai vu mille fois dire sa gratitude à ma mère de l’avoir préparé en y ajoutant une cuillerée de sauce grasse et brune. En y ajoutant du plaisir gourmand. En ne laissant rien au fond de l’assiette. Rien.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire