dimanche 10 août 2008

Tante Jo et Coach


Partir, en fin de journée, vers un petit village proche de Visé. En bordure d’un bras de Meuse, entre Flandre et Wallonie. Partir retrouver la tante Jo et Coach. Josette et Constant. Ils fêtent leurs noces d’émeraude. Être encore vert. Comme toujours tante Jo fait le plus. Un buffet généreux, des boissons fraîches ou tempérées. Suivre un moment son tour pour charger l’assiette de poissons préparés, saucés ou de viandes cuites et froides. D’omelettes épaisses, de volailles dodues et de salades folles. Je suis dans les premières à me servir. Gourmandise ou faim légitime. Il est près de vingt et une heures quand nous passons à table. Au moment où l’équipe de football de Liège a déjà marqué deux buts dans un match important sans doute puisque les hommes, dans la salle, en parlent fort. Retrouvailles de quelques visages d’hier. Les silhouettes se font moins souples et le poids des ans n’est pas qu’une image. Eddy est là avec ses femmes. Que des filles, nées de deux mariages, déjà adultes ou presque. J’ai le souvenir d’un gaillard svelte qui aimait son métier de militaire. Il rentre aujourd’hui d’une mission de cent quarante jours. The same old story depuis tant d’années. Les autres me sont étrangers. La plupart partage la passion des jubilaires : la pêche. Des gens volubiles et convaincus qui mangent et boivent en parlant de leur sport, de leur art, de leur passe-temps avec émotions et enchères. Il doit y avoir là d’authentiques champions... mais de quoi ? Je ne sais rien de l’art de jeter un fil dans l’eau. De regarder bouger le flotteur et s’enfoncer le leurre dans le courant.

Jour pour jour, quarante ans qu’ils se sont mariés. Bien jeunes disait-on à l’époque. Un couple, comme beaucoup d’anciens, qui est passé au travers de dix crises et de onze retrouvailles. Comme tous les anciens, qui a prévu, vécu et avalé le pire pour s’accrocher au meilleur. Comme les anciens, qui sait composer avec les envies des deux, à tour de rôle.
Passer au travers de la maladie et du temps, au travers de l’habitude aussi. Voir grandir une fille toujours jeune comme une adolescente mais qui croise la trentaine. Tante Jo et Coach sont de vieux jeunes, à moins qu’ils ne soient de jeunes vieux. Tout le monde à mangé en les regardant, un peu seuls, sur une table de tête d’où ils comptaient leurs amis. Comme toujours , en se quittant, on se prend dans les bras. Coach me serre toujours très fort quand nous nous quittons.

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