lundi 1 mars 2010

A l'oreille des arbres...

Il était porté pour mort, il y a deux hivers. Je ne sais par quel miracle il est là, ainsi gourmand de soleil et de chaleur. Je l'avais taillé en désespoir de cause. Comme on tente un dernier geste, une réanimation. Une réconciliation. L'érable est là. Au meilleur de sa forme. Il devrait être pour nous tous une leçon permanente. Revenir de nulle part pour être superbe comme jamais. Il a pris le tronc de son grand frère. Même couleur et même épaisseur à la base, même forme raide et têtue. Il est juste vingt ans plus jeune. De quoi en faire un gosse gâté, un fils respectable, un adulte presque. Il lui reste à apprendre la modestie, lui qui est si fou.
En le regardant ainsi grandir, j'ai la certitude que tout est possible entre nous et eux. Entre moi et lui. J'ai envie de me dire qu'on peut faire confiance à un arbre, sans tenir compte de sa taille. Envie de me dire que lui m'a fait confiance, un jour. Le jour où il était si mal, tellement fatigué. Il a débourré trop tôt, ce qui doit ennuyer son aïeul, resté dehors tout l'hiver (et quel hiver) et qui compte lentement les bourgeons qui viennent. Je dois lui tailler la ramure avant, dans quelques semaines, de me pencher sur ses feuilles. Il y a comme un bel instant de printemps aujourd'hui. Les oiseaux se sont mis a ramager à la tombée du jour. Je vais bientôt laisser la fenêtre de notre chambre ouverte pour écouter le matin.

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