vendredi 15 février 2008

Gourmand/charmant


Loin des cartes pathétiques et racoleuses des restaurants en cette période de confession amoureuse, j’ai fait un petit clin d’oeil à mon homme. Celui qui, trop bourru, râle plus qu’il ne rit. Soupire plus qu’il ne sourit. Un petit clin d’oeil pour dire “fais un petit tour autour de toi et de nous”, “fais un petit tour autour de ta vie, de la nôtre”... Difficile de dire ça avec un plat savouré en tête à tête. Mais j’ai essayé.
La nappe, les bougies... Je sais qu’il aime ça... qu’il est plutôt fleur bleue que diable rouge à moins qu’il ne soit, ce que je pense, père vert.L’entrée. Dans l’ assiette, un pâté de pigeonneau en chemise, au coeur, barricadé, le foie gras de canard. La confiture d’airelles. Croquant ou presque en bordure et moelleux au centre. L’art consiste à mélanger au bout de la fourchette le dur et le doux.. Je le vois, mon vieux costaud, discuter avec sa bouche et son palais. Il aime ça.Quelques respirations de Saint-Amour et puis, en route pour Saint-Jacques. Pas souvent à table chez nous...
J’ai émincé des chicons, les feuilles légères ont fondu dans la poêle à feu moyen avec un peu de sucre. J’ai laissé les lanières de jambon de Parme sécher en chips sur une feuille de papier sulfuré jusqu’à les rendre raides et cassants. Je me suis occupé du beurre blanc. Partage d’échalotes, de vin blanc et de vinaigre avant de mélanger doucement, mélanger harmonieusement, mélanger lentement, mélanger sans arrêt à le faire fondre et le gaver de crème fraîche. Ne pas laisser bouillir.
Et puis, encore ou enfin, jeter dans la poêle, sans matière grasse, les noix de Saint-Jacques qui se dorent pendant trois minutes. Saler et poivrer.
Dans les assiettes, sur le lit des chicons, les Saint-Jacques et qui coule sur elles, le beurre blanc. Les lanières sèches de jambon de Parme sont jetées sur le tout. Il mange en fermant les yeux. Il ne dit rien entre deux bouchées ou parle pour ne rien dire à la suivante. Il tient sa fourchette comme un couteau et son couteau sans force. Tout fond en bouche. Il fond , c’est louche...
Un baiser, un seul, pour le dessert. Il vient d’Evrehailles ou de Celles... Il coule de crème. Un café. Un baiser, un seul.

Aucun commentaire: